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Mais encore ?
- Le SpinoBlog -
"Un autre spinozisme est possible ..."

11/06/12
La maison dans la poule du voisin (EIIP47S)

Selon Spinoza l'erreur ne peut être que dans le langage, pas dans l'esprit. L'erreur, ce n'est qu'un mot pris pour un autre, un nombre pris pour un autre. D'où cette curieuse théorie de la P47, scholie: une proposition fausse laisse malgré elle entrevoir la vérité pour l'esprit. En fait, elle ne parvient pas tout à fait à être fausse.

Le langage selon Spinoza est alors clair malgré lui: "ut non credidi quendam errare, quem nuper audivi clamantem, suum atrium volasse in gallinam vicini, quia scilicet ipsius mens satis perspecta mihi videbatur"

Un sens qui s'impose à l'intellect et aux sens ("audivi clamantem" - je l'ai entendu criant), un sens forcé. Un exemple d'incorruptibilité du langage, puisque le locuteur "clamant" a été comme freiné dans son délire par une certaine résistance des mots, désignant eux-mêmes leur place logique dans la phrase, malgré l'arrachement : arrachement visible, évident ("mihi videbatur" il m'est apparu), sens réel compréhensible ("ipsius mens perspecta", sa pensée manifeste).

"suum atrium volasse in gallinam vicini"
= - et ce signe "=" est tout notre sujet -
"suum gallinam volasse in atrium vicini"

L'opération de passage de la phrase erronée à la phrase corrigée n'a pas lieu, elle est immédiate en fait dans la pensée de l'auditeur. Cependant c'est la phrase qui a désignée elle-même sa propre fausseté en entrechoquant ces deux mots dans un "sens" qui n'a pas lieu d'être.

Poule. Maison. Deux concepts dont les relations sont obligées, nécessaires, suivant "l'axiome des relations internes" dénoncé par Russell chez les philosophes classiques (Quand deux termes sont en relation c'est en vertu d'une nécessité interne à chacun de ces deux termes).

Il n'y a pas de maisons dans les poules des voisins, jamais. Il y a des poules dans les maisons des voisins, peut-être. Cela veut dire que les mots ont leur propre sens, et que les hommes les articulent les uns aux autres suivant des règles nécessaires. C'est un "réalisme" au sens scholastique du terme. L'expression d'une confiance fondamentale au langage, siège d'une rationalité élémentaire.

10/05/10
Traduction de EII, P7, scholie

Dans ce scholie sommital, S dévoile ses batteries. La pensée ou l'étendue ne sont rien d'autre que la substance unique. Il n'y a qu'un ordre au monde, qu'une succession de causes et de conséquences. La chose et l'idée sont une. Ma traduction, s'appuyant sur celle de Bernard Pautrat (Seuil), vise cette simplicité qui fuit parce qu'incommensurable.

"Ici, avant d'aller plus loin, nous devons nous rappeler ce que nous avons montré plus haut: c'est à dire que tout ce qui peut être perçu par un intellect infini comme constituant l'essence d'une substance ne peut appartenir qu'à une substance unique et donc que la substance pensante et la substance étendue n'en font qu'une, conçue sous l'un ou l'autre de ses attributs.

Et donc un mode de l'étendue et l'idée de ce mode sont une seule et même chose, exprimée de deux façons différentes.

Certains Hébreux l'avaient confusément compris, qui affirmaient que Dieu, l'intellect de Dieu et les choses qu'il comprend ne font qu'un.

Par exemple, le cercle existant dans la nature et l'idée de ce cercle qui se trouve en Dieu sont une seule et même chose, qui s'explique par différents attributs.

Et ainsi, que nous concevions la nature sous l'attribut de l'étendue ou sous celui de la pensée, ou sous un autre encore, nous ne trouverons qu'un ordre, qu'une connexion des choses, c'est à dire un seul enchaînement de causes et de conséquences.

C'est pourquoi j'ai dit que Dieu est cause de l'idée du cercle en tant qu'il est chose pensante, et du cercle en tant qu'il est chose étendue, l'être formel de l'idée de cercle ne pouvant être perçue que par un autre mode du penser qui en serait la cause, et celui-ci par un autre, et ainsi à l'infini. De sorte que, quand on considèe les choses comme des modes du penser, il faut expliquer tout l'ordre de la nature et l'enchaînement des causes par le seul attribut de la pensée, et par le seul attribut de l'étendue si on les considère comme des modes de l'étendue. Et ainsi pour chaque attribut.

Dieu est en vérité cause des choses telles qu'elles sont en elles-mêmes, en tant qu'il comprend une infinité d'attributs. Je ne peux pas expliquer cela plus clairement pour le moment."

10/03/10
Comment ne pas "russelliser" Spinoza? Une lecture post-positiviste

Thomas J. Brommage (Université de South Florida), How not to "Russell" Spinoza, 2005

Pour cet auteur, il faut rapprocher Spinoza du second Wittgenstein, celui qui s'est éloigné de Russell, contrairement à la lecture que propose Edwin Curley dans Spinoza's Metaphysics (1969).

Il rapproche Spinoza de la "sémantique inférentielle" de Wilfrid Sellars and Robert Brandom, héritiers du second Wittgenstein.

"La richesse du langage, telle qu'elle a été rendue évidente par la philosophie analytique post-positiviste, doit être prise en compte. Je crois que Spinoza la prend justement en compte, ou au moins je ne vois aucune raison de ne pas le penser."

26/08/09
David Savan, Spinoza and Language

David Savan, dans son article daté de 1958 – Spinoza and Language – , estime que, compte tenu de sa conception du langage, Spinoza lui-même ne pouvait pas tenir l'Ethique pour une simple exposition de la vérité. En effet, si les mots ne sont rien d'autre que des "mouvements corporels", (EII, P.XLIX, S.) s'ils "sont issus de l'expérience et ne se réfèrent qu'à elle" (PXVIII, S.), "il ne nous est pas plus possible de découvrir et d'exprimer la vérité avec des mots qu'il n'est possible au somnambule de communiquer avec le monde éveillé."

Reprenant l'angle d'attaque inauguré par Leo Strauss dans La persécution et l'art d'écrire (1952), il relève certaines contradictions apparentes du texte spinozien et affirme, non sans ironie, que ces contradictions sont voulues et marquent l?─˘inadéquation fondamentale du langage à la compréhension et ?? l'expression du vrai. Par exemple, à propos de la définition de la substance "qui est en soi et se conçoit par soi" (EI, Def.III), il relève que le verbe "être" est à rapprocher du terme "étant" dénoncé comme un transcendantal dans EII, P.XL, S, que le terme "concevoir" est un universel confus, et que la notion de "par soi" est contredite par l'effort de Spinoza pour concevoir la substance par autre chose qu'elle même, à savoir l'ordo geometrico.

"Il n'y a pas de remède au caractère de généralité imaginaire et confuse des mots." ?─Â "Alors qu'il est dans la nature de la raison de concevoir les choses sous une certaine espèce d'éternité, les mots sont liés au temps et à la contingence".

20/06/07
L'hyperspinozisme de Pierre-François Moreau

Le livre de Pierre-François Moreau, Spinoza - L'expérience et l'éternité, paru aux PUF en 1994, représente certainement un tournant dans l'étude de Spinoza. Pour la première fois, l'expérience, un concept qui pour les commentateurs classiques était rejeté en dehors du système (selon ce que PMF appelle la " théorie standard "), se voit proposer un " statut central " en son sein.

Ce nouveau point de vue a d'autant plus d'importance que le spinozisme est une philosophie vivante, redécouverte tout au long du vingtième siècle, qui ne cesse de séduire de nouveaux " adeptes ". Comment expliquer cela, s'il ne s'agit que d'un rationalisme intégral propre au 17ème siècle ? Comment expliquer que Spinoza paraisse plus actuel pour de jeunes étudiants que Rousseau, Kant, Kierkegaard ou Sartre ? Il faut bien que leur lecture ait été la rencontre entre leur expérience et quelque chose dans la philosophie spinoziste, en particulier dans l'Ethique. " Il faut expliquer comment il peut [le système spinoziste] établir un dialogue avec son lecteur possible " (p. 556).

à travers l'étude de ce concept " d'expérience ", le projet de PMF est de comprendre comment " une philosophie constitue son rapport à son extérieur, et, ainsi, se situe elle-même " (p. 4). En effet, on a peut-être bien compris, depuis les toutes premières lectures et selon les modalités propres à chaque époque, la philosophie de Spinoza telle qu'elle apparaît dans l'Ethique et aussi dans ses " banlieues " - le Traité de la réforme de l'entendement, le Traité théologico-politique, les Principes de la philosophie de Descartes, la grammaire hébraïque, la correspondance, etc. Ce qui reste par contre mystérieux, ce sont les voies par lesquelles cette philosophie nous parle. De même que l'écriture de l'Ethique pose un problème logique bien souligné par Alexandre Kojève dans son Introduction à la lecture de Hegel (" l'Ethique explique tout, sauf la possibilité qu'elle ait été écrite "), sa lecture en pose un. Il y a un choc à la lecture de Spinoza qui peut frapper le cocher du roman de Malamud et l'intellectuel le plus complexe. Mais par où passe ce choc ?

Il serait temps d'abandonner les explications de type magique (comme " l'Ethique est le plus grand livre du monde ") pour essayer d'y voir plus clai r.

La suite

13/11/06
"Zourabichvili avait raison"

François Zourabichvili
La langue de l'entendement infini
Cerisy 2002

Dans ce texte un peu méconnu, Z. se place exactement là où je me suis toujours placé pour poser cette question simple à propos de l'Ethique : "De quoi Spinoza nous parle-t-il dans ce livre ? Quel est l'objet de son discours ? Quel réel pointe-il incessamment au fil des propositions ?"

Il replace tout d'abord ses "remarques" dans le contexte d'une "préoccupation assez caractéristique des études spinozistes contemporaines : l'attention portée au langage de Spinoza, non moins qu'au rapport de Spinoza au langage."

Il souhaite ensuite passer de ces "remarques" à "l'élucidation d'une difficulté importante, voire écrasante, que tout lecteur éprouve mais qui ne rencontre ordinairement que silence et déni ..."

Cette difficult&eacut e; est "la logique de l'entendement infini, qui se met en place dans la IIe partie de l'Ethique". Il faut remarquer qu'il ne la présente pas sous la forme d'une question, mais sous celle d'une affirmation. C'est-à-dire que cette notion "difficile" est problématique en elle-même, et non pas au regard de ses relations avec une autre notion. C'est-à-dire que même si cette logique se met en place dans la IIe partie de l'Ethique, elle est un problème d'origine, et pas un problème second.

Pour Z., la "logique de l'entendement infini" implique une "langue de l'entendement infini", les deux expressions étant quasiment synonymes ou du moins équivalentes : "Spinoza ordonne cette logique à la mise en place de certaines règles qui déterminent une nouvelle manière d'énoncer, ou à l'instauration de ce qu'à certains égards on peut appeler une langue spéciale".

"Logique" et "langue" sont ordonnées l'une à l'autre ; la recherche sur la "logique" ou "langue" de l'entendement infini est donc inséparable du souci contemporain concernant le langage de Spinoza. C'est réaffirmer une fois encore qu'il n'est pas futile de s'intéresser au l a ngage de Spinoza, à la façon dont Spinoza s'exprime, car de ce point de vue on passe directement à l'étude d'une difficulté majeure du spinozisme. Il ne s'agit pas d'intégrer le système spinoziste ou de rester à ses portes. Il ne s'agit pas d'&ec irc;tre comme ces philosophes "qui jugent des choses d'après les noms, et non pas des noms d'après les choses".

Un article ayant pour titre "la langue de l'entendement infini" va donc permettre de faire une enquête sur "la logique de l'entendement infini", "les concepts d'idée inadéquate et d'idée adéquate", "le concept de pensée sub specie aeternitatis" et "la théorie de l'éternité de l'esprit".

En quoi la "logique de l'entendement infini" est-elle une difficulté écrasante du spinozisme ?

En quoi peut-on considérer que l'Ethique est une grammaire philosophique ?

Z. se donne deux points de départ dans le texte spinoziste : un passage de la lettre 32 à Oldenburg et le corollaire II, 11, celui du lento gradu mecum. Je trouve l'extrait de la lettre plus saisissant encore que le corollaire :

"Pour ce qui est de l'esprit humain, j'estime aussi qu'il e s t une partie de la nature; je pose en effet qu'il y a dans la nature une puissance infinie de penser, qui en tant qu'infinie contient en elle objectivement la nature toute entière, et dont les pensées procèdent de la même manière que la nature qui est assurément son idéat. Je pose en outre que l'esprit humain est cette même puissance, non en tant qu'elle est infinie et perçoit la nature toute entière, mais en tant qu'elle est finie et perçoit seulement un corps humain, de sorte que je conçois l'esprit humain comme une partie de quelque entendement infini."

J'aime dans ce texte que Spinoza dise "Je". J'aime qu'il dise : "je conçois l'esprit comme ..." Cette façon de parler est beaucoup plus compréhensible pour moi que l'unilatéralité de l'Ethique, un discours sans origine ni destinataire.

Il me paraît également que dans cette lettre, la pensée spinoziste est plus clairement exprimée : il considère la nature comme un entendement infini dont l'esprit humain est une partie ; la nature est d'une part étendue, d'autre part pensée et ceci de façon tout à fait réversible. Il y a intelligibilité intégrale du réel et réalité intégra le de l'intelligible. Il y a là une certaine simplicité du spinozisme.

Dire que l'esprit/corps humain est une partie de la nature infinie, c'est nier qu'il puisse y avoir une quelconque discontinuité tant au niveau de l'ensemble des corps qu'au niveau de l'ensemble des esprits ; d'ailleurs il n'y a pas de nature humaine. C'est dans cette idée, merveilleuse, que niche le langage de Spinoza.

12/08/2006
J'ai le malheur d'en venir au fait par des voies détournées. Je viens de comprendre que mon sujet d'étude est le dogmatisme de Spinoza : dans quelle mesure on peut dire que Spinoza est dogmatique et quelles conclusions en tirer pour une philosophie aujourd'hui. Cf. Popkin par Drieux dans le BBS: "la vérité du système spinoziste repose sur un "dogmatisme épistémologique" qui retire toute pertinence au doute et supprime a priori le problème du scepticisme."

17/05/2006
Limites du more geometrico: l'Ethique discrète de Jean Delord.

07/05/2006
L'Ethique est dans son ensemble une prosopopée. P rosop opée de la Raison, sive de Dieu, sive de la Na ture (Comme Lucrèce ...). C'est un énorme stratagème réthorique qui requiert l'anonymat pour cette raison essentielle.

Cette affirmation concerne avant tout l'Ethique des propositions, des vé rités. Mais dans la mesure où l'Ethique pédagogique et polémique des scolies est là pour la soutenir, c'est tout le livre qui peut être vu ainsi.

Pour Lorenzo Vinciguerra, "On peut imaginer que l'Ethique ait été conçue et tracée à la manière d'un temple, reposant sur des bases et les règles immanentes à sa construction. Un temple que la raison aurait érigé pour y séjourner en paix, en un lieu où Dieu est contenu objectivement. Spinoza et le signe, p. 148, note.

Pour Gilles Louïse, "il s'agit peut-être du plus grand livre du monde".

Devant autant d'enthousiasme - au sens étymologique - on reste coi. Le spinozisme tourne les têtes. Pourtant ce n'est qu'un livre, et ce n'est qu'un auteur, et ce n'est qu'une époque.

22/11/2005
Samedi 5 novembre. A la Sorbonne pour voir Jonathan Israel présenter son livre, Les lumières radicales. La phil osophie , Spinoza et la naissance de la modernité (1650-1750). Encore de l'histoire ? Oui, mais de la philosophie aussi je crois. Sa thèse est que le spinozisme est la vraie origine des Lumières et donc de tous les courants révolutionnaires que l'on fait remonter à elles. Cela me s emblait évident, mais apparemment ce n'est pas clair pour tout le monde. Sans doute des choses diffuses n'avaient-elles pas été dites. Ici, le site de l'éditeur, avec un extrait passionant: la vie et la personnalité de Van Den Enden, activiste inlassable et professeur de latin de Spinoza; le portrait de Peter Cornelius Plockhoy, "le premier socialiste", qui meurt aux Etats-Unis après avoir tenté de fonder une communauté politique d'avant garde. Tous deux révolutionnaires, tous deux dans l'entourage de Spinoza. Ici, une critique qui présente ce livre de façon assez simple, objections comprises (en anglais).

Dans la mesure où le communisme est bien issu des Lumières, il m'a toujours semblé que le spinozisme était la première philosophie communiste de l'his toire. Pl us exactement, que le sp inozisme contient l'essence du communisme: un rationalisme et une doctrine de l'immanence. Althusser voyait en Spinoza "le seul ancêtre direct de Marx" (Dans Lire le Capital). Je veux dire que pour moi, Spinoza est l'ancêtre intellectuel de toutes les gauches. C'est bien pour cela que, brebis égarée du communisme, je voulais à travers l'étude de Spinoza comprendre quels étaient les plus profonds fondements de cette idéologie. J'en suis arrivé à une vision assez critique du spinozisme, y trouvant la source d'un dogmatisme qui se laisse voir dans l'utilisation massive et non-problématisée du mode indicatif.

Lecture de l'article "Spinoza" du dictionnaire de Bayle. Je ne comprends pas pourquoi Jonathan Israel place Bayle aux côtés de Spinoza parmi les radicaux. Bayle réfute Spinoza de toutes parts, avec certains arguments qui me semblent encore actuels : par exemple, le système résout-il vraiment le problème de l'un et du multiple ? Spinoza ne nous paye-t-il pas de mots ?

04/07/2005
Brice Parain, Recherches sur la nature et les fonctions du langage. Avec ce livre, je touche au but. Parain survole Spinoza et ne voit en lui qu'un parangon de cartésianisme. Il discute Leibniz avec plus de soin . Cependant je note quelques passages assez formidables. Dont celui-là :

La nécessité spinoziste résulte de l'identité de la réalité et de la vérité, c'est à dire de la réalité essentielle et des formules qui l'expriment adéq uatement. La fissure qui affaiblit le système, par où la contingence y pénètre, se situe entre les idées et le langage. Comment, en effet, concilier cette théorie de l'adéquation du langage aux idées vraies avec la théorie selon laquelle "le fini est en réalité une négation partielle" et "toute détermination est une négation" ? N otre langage n'est-il pas une figure et une détermination des idées ? Par conséquent il ne saurait jamais en être l'expression adéquate. "Lorsque plusieurs prédicats s'attribuent à un même sujet, et que ce sujet ne s'attribue plus à aucun autre, on l'appelle substance individuelle, mais cela n'est pas assez, et une telle explication n'est que nominale ... observera Leibniz." (p. 163, Gallimard/Idées)

Brutal, mais efficace. Au fil du livre, redécouverte de Leibniz, découverte de Pascal. Pourquoi nous bassine-t-on de Wittgenstein, alors qu'il y a Pasc al ?

Il faut remettre en question l'en chanteresse doctrine du parallélisme des attributs, et le spinozisme-système. Il est possible de le faire en se focalisant sur l'étude du langage de Spinoza.

09/05/2005
Carlo Ginzburg, Le fromage et les vers. Un livre connu des historiens, alors que bien d'autres qu'eux pourraient en tirer profit. Je ne suis pas loin de Spinoza. Domenico Scandella, le meunier hérétique - hérésiarque - dont Ginzburg a retrouvé la trace dans les archives de l'inquisition italienne, a vécu de 1532 à 1601. Il conteste la plupart des sacrements de l'église catholique, est tenté par le "luthéranisme", prône une religion naturelle dont les seules obligations seraient d'aimer dieu et d'aimer son prochain. Et encore, l'amour du prochain primant celui de dieu. Il finit supplicié, sur injonction du pape lui-même. Ginzburg l'associe à une tradition de "radicalismo contadino" - de matérialisme paysan dont il pose à cette occasion l'existence. Je découvre par le biais de ce livre ce que savent depuis longtemps les historiens de la philosophie. Il y a toujours un contexte. Avant Spinoza et autou r de lui, dans sa culture, il y a eu Michel Servet, Uriel da Costa, Giodano Bruno, Campanella. Domenico Scandella est un autre fruit de ce vieil arbre contestataire. Mais il appartenait à la culture populaire, que Ginzburg réhabilite : elle est aussi créatrice que la culture savante.

Ne pas isoler Spinoza. Il n'est pas unique, il n'a jamais été seul. Ce n'est pas une "anomalie sauvage."

30/11/2004
Lecture de L'Expérience et l'éternité de Pierre-François Moreau. Je l'avais toujours reporté, sinon par bribes. J'étais intimidé par le pavé. Et surtout, par le sentiment qu'il avait traité à fond le sujet que je ne n'avais fait qu'effleurer. Mais en fait, s'il invente un "ordre expérientiel" sous-jacent à "l'ordre géométrique", c'est pour lui subordonner intégralement. L'Expérience, et le langage - un de ses "champs" - sont réint& eacute;grés au système à peine leur importance découverte. Pour la plus grande gloire du rationalisme, devenu un "rationalisme de l'expérience" et un "rationalisme absolu" dans la conclusion. C'est d écevant, fin alement. Et je crois que cela a à voir avec le fonctionnement du dogmatisme lui-même. Moreau se place en plein milieu du système et le fait revivre comme un nouveau Spinoza ou comme l'esprit du système lui-même. Je ne trouve pas que cette perpective soit intéressante aujourd'hui. Lire Spinoza aujourd'hui, cela devrait être le mettre à l'épreuve de ses contradictions telle qu'elles ont apparues depuis : c'est son rationalisme intégral qui le cloue au 17ème siècle alors que sa pensée s'est diffusée dans toute la modernité.

14/05/2003
A lire en ligne : La théorie du langage chez Spinoza, de Laurent Bove (1991). Un texte qui cerne bien les tensions internes au spinozisme que ce thème révèle :  Quid de l'Ethique si la philosophie n'est pas une science exacte comme les mathématiques ? L'hébreu n'a-t-il pas représenté une sorte de langue idéale pour Spinoza ? Dans quelle mesure peut-il vraiment subvertir le langage ?

28/12/2002
Que représente le langage pour le spinozisme ? Le débat est actuel : pour Paul Laurendeau, linguiste canadien auteur de Condillac c ontre Spinoza : une critique nominaliste des glottognos es (2000), le langage n'est qu'un canal dont l'usage est parfaitement maîtrisé par le philosophe. Son statut est "ancillaire", "corollaire". Le spinozisme est ailleurs, dans le non-langagier, voire dans le vrai. Et les pernicieuses critiques exprimées dans le Traité des systèmes (1749), réduisant l'Ethique à un "fatras verbal" concerneraient Condillac en personne.

Mais au contraire, pour Henri Meschonnic, tout le spinozisme est dans son langage : extrait de la quatrième de couverture de Spinoza. Poème de la pensée, paru chez Maisonneuve et Larose en 2002.

"Il y a urgence à penser Spinoza dans le langage. La lecture des spécialistes montre qu'ils ne voient pas le problème. Montrer ce qui n'est pas vu, c'est le plaisir, le comique, l'obscène de la pensée, qui est ainsi consubstantielle à la prophétie et à l'utopie. C'e st l'enjeu de penser Spinoza. Penser le continu corps-langage, langage-poème-éthique-politique. Une invention de pensée comme un poème de la pensée. Demandant à son tour une pensée du langage qui transforme les rapports à l'éthique et au politique. Spinoza est le lieu de cet enjeu. Contre le côté Descartes qui continu e de prévaloir.[...] "

Je me demande comment ces deux-là se liraient.

09/2002
Sur spinozaetnous, forum "Spinoza et le langage". Mais la discussion tourne vite court, mes interlocuteurs s'accordant pour accessoiriser le langage.

07/2002
"Personne en effet n'a jamais pu avoir profit à changer le sens d'un mot, alors qu'il y a souvent profit à changer le sens d'un texte. La première opération est certes très difficile ; celui qui voudrait changer en effet la signification d'un mot d'une langue devrait en même temps expliquer tous les auteurs qui ont écrit dans cette langue et qui ont employé ce mot dans le sens reçu, et cela suivant le naturel et la pensée de chacun d'eux, ou il devrait les falsifier avec la plus grande prudence. De plus, la langue est conservée à la fois par le peuple et par les érudits, tandis que le sens des textes et des livres est conservé seulement par les érudits ; nous pouvons donc facilement concevoir que les savants aient pu changer ou corrompre la sign ification du texte de que lque livre très rare qu'ils ont en leur possession, mais non celle des mots. D'ailleurs, si un homme voulait changer la signification d'un mot qu'il a l'habitude d'employer, il ne pourrait pas sans difficulté observer par la suite en parlant et en écrivant la nouvelle signification. Par toutes ces raisons nous nous persuaderons aisément qu'il n'a pu venir à l'esprit de personne de corrompre une langue [c'est nous qui mettons en gras] ; tandis qu'on a pu souvent corrompre la pensée d'un écrivain en changeant le texte ou en l'interprétant mal."
Spinoza. Traité des Autorités théologiques et politiques, p. 721 de la Pléiade.

Passage essentiel à nos questionnements, où s'ébauche une philosophie du langage spinoziste. Mais ce que Spinoza évacue en une page, Wittgenstein met toute une vie à le retrouver. On pourrait dire que Spinoza part du point où Wittgenstein s'arrête. Mais, sans parler de chronologie, progresse-t-on en philosophie ?

On peut considérer que le Traité des Autorités théologiques et politiques est entièrement consacré à l'analyse d'un langage : celui des Ecritures saintes. Une analyse qui se fonde sur une philosophie "prosaïque&q uot; du langage dont un bon e xemple est la réduction d'une expression comme "ven t de Dieu" au sens de "très grand vent". Ce Spinoza-là, retournant au sens commun des mots au moment et dans le contexte où ils ont été prononcés, iconoclaste vis à vis d'un livre qui se veut absolu, peut être rapproché du Wittgenstein des "formes de vie" et aussi de celui qui se donnait pour tâche de détruire les "châteaux de carte" [Luftgebaude] de la philosophie.

Peut-on préférer le Spinoza analytique du TTP à celui, synthétique, de l'Ethique ? Ou plutôt, le TTP n'est-il pas d'une plus grande actualité que l'Ethique ?

07/2001
"Aussi me faut-il dire que si je m'arrête à considérer ce que l'éthique devrait être réellement, à supposer qu'une telle science existe, le résultat me semble tout à fait évident. Il me semble évident que rien de ce que nous pourrions jamais penser ou dire ne pourrait être cette chose, l'éthique; que nous ne pouvons pas écrire un livre scientifique qui traiterait d'un sujet intrinsèquement sublime et d'un niveau supérieur à tous autres sujets. Je ne puis décrire mon sentiment & agrave; ce propos que par cette métaphore : si un homme po uvait écrire un livre sur l'éthique qui fut véritablement un livre sur l'éthique, ce livre, comme une explosion, anéantirait tous les autres livres du monde."
Ludwig Wittgenstein. Conférence sur l'éthique.

Je souscris. C'est bien le problème de l'Ethique de Spinoza. L'Ethique n'est pas l'éthique, elle n'est qu'un des discours possibles sur le sujet. Rien de plus trompeur à cet égard que l'illusion de systématicité du more geometrico.

04/2001
"La mort étrange de la philosophie du langage ordinaire". Un article de T. P. Uschanov, de l'Université d'Helsinki :
www.helsinki.fi/~tuschano/writings/strange

01/2000
Revaloriser la part du non-philosophique dans la philosophie de Spinoza, alors que celui-ci apparaît comme le type même du philosophe abstrait : cette idée ne nous est pas propre. Dans Spinoza :  l'expérience et l'éternité, paru aux PUF en 1994, Pierre-François Moreau allait dans la même direction en travaillant sur la notion d'Ex periencia.

Notre id&ea cute;e était de décongeler l'Ethique, de la d& eacute;monter pièce à pièce pour en récupérer un seul outil : le langage, et la possibilité de dire un énoncé vrai. Une vraie "reductio ad linguam". Spinoza nous importait presque moins que la revalorisation d'un langage simple méprisé par le cursus universitaire de philosophie, qui semblait mépriser aussi la vie ordinaire, la quotidienneté, l'aspect trivial des choses. Le cursus installait au contraire l'étudiant dans une sphère bien particulière, préservée, à la fois technicienne et sacerdotale, en le coupant du sol.

Mais peut-on faire vraiment de la philosophie une élucidation du réel par le langage ? Pour continuer la réflexion, voici les références de livres qui présentent la philosophie la plus proche de celle que nous voulions tirer, à tort ou à raison, de Spinoza : la philosophie du langage ordinaire.

Sandra Laugier, Du réel à l'ordinaire: quelle philosophie du langage aujourd'hui ?, Vrin, collection "Problèmes et controverses", 1999.

Sandra Laugier, Recommencer la philosophie, PUF, collection "Intervention philosophique", 1999.

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