01/2007

Spinoza et le langage

Le langage n'est pas un point de détail du spinozisme, mais en est au contraire un thème majeur

Sous le titre "Spinoza et le langage", je souhaite rassembler diverses notes jusqu'à présent inabouties, et faire le point sur ma réflexion, qui, depuis quinze ans qu'elle est partie de la lecture de l'Ethique, n'a eu de cesse ni guère de sens.

J'ai longuement hésité avant de choisir ce titre: il vaut pour un sujet de doctorat, et je n'ai jamais voulu faire de doctorat. C'est également un intitulé qui a déjà été utilisé (Savan, "Spinoza and language", un "Spinoza und die Sprache" allemand) et non seulement en le reprenant je me rends coupable de vol, ou d'imitation, mais je risque aussi le ridicule de la comparaison avec des travaux plus sérieux que sera jamais le mien.

Mais finalement je le choisis, parce que c'est le seul titre. Les plus intransigeantes des lois sur le droit d'auteur ne peuvent pas aller jusqu'à réserver des mots comme "Spinoza" ou "langage". Quant à l'idée de les articuler l'un à l'autre, elle est devenue elle aussi très banale depuis une trentaine d'années que l'on s'est décidé à lire les philosophes de l'âge classique avec des instruments de réflexion contemporains.

J'entreprends donc un "Spinoza et le langage" qui n'a pas l'ambition de devenir un doctorat; je serais heureux avec quinze pages. Je n'ai pas non plus l'ambition de primer sur les autres. C'est une proposition parallèle sur un thème de réflexion générique. Enfin c'est essentiellement pour moi, car j'ai besoin de faire le point sur ces questions afin de me rendre disponible pour autre chose. Il y a quinze ans que je traîne comme un boulet le remords de ne pas être allé au bout de mon travail, et je dois en finir.

Voilà pour les motivations égoïstes, et pour le titre. Maintenant qu'ai-je à dire? J'ai toujours eu un doute sur la pertinence des questions que je posais à propos de l'Ethique. J'ai ressenti de la honte à l'idée d'avoir manqué de respect à un grand philosophe. J'ai craint d'avoir enfoncé sans grand fracas une porte ouverte. C'est certainement l'opinion de certains commentateurs pour lesquels le spinozisme n'est pas dans son langage, et que c'est tout simplement méconnaître Spinoza que de lui chercher des poux dans la tête à ce sujet-là. Mais, encore que des positions aussi tranchées se fassent rare, ce sera certainement aussi l'opinion de beaucoup qui, reconnaissant la validité du thème de réflexion langagier, contesteront la portée que je lui donne. Je pense ici à des spinozismes orthodoxes comme celui de Pierre-François Moreau, ou même à celui, magistralement réengendré, de Lorenzo Vinciguerra.

Mais si je dois écrire, c'est que je suis finalement convaincu que mon idée de départ était bonne. Et que certaines implications que je voulais en tirer étaient justes. Derrière ce thème, il y a vraiment un sujet d'étude. Il rejoint les préoccupations philosophiques les plus contemporaines qui soient: le rôle de la philosophie elle-même, et la question de la morale, ou philosophie pratique.